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26/09/2009

La Charte de Fontevraud, un moteur pour la préservation de nos paysages.

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Proposition pour une

Charte Paysagère et Environnementale pour le territoires des AOC Brouilly et Côte de Brouilly, dont le Mont Brouilly est le phare, avec l’adhésion à la Charte Internationale de Fontevraud,

présentée par Chantal Pégaz, avocate honoraire, spécialiste du droit rural, droit de la vigne et du vin

 

 

A l’origine, la prolongation du classement de la « région Val de Loire » au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000. Le Val de Loire est un pays de vignobles et le classement suscite nombre d’interrogations quant à l’alliance de la politique viti-vinicole et la préservation et la conservation du patrimoine paysager, toujours fragile et en devenir.

 D’où l’idée d’élaborer une Charte, dite Charte de Fontevraud, signée le 12 décembre 2003 par les ministères concernés, l’INAO, l’Organisation Internationale de la vigne et du Vin (OIV), les organismes professionnels des vins du Val de Loire, le syndicat mixte interrégional « Mission val de Loire », la commission française de l’UNESCO, le Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS).

 

Cette Charte se veut  exemplaire et ainsi bénéficier à nombre de régions viti-vinicoles qui partageraient des objectifs analogues. D’autre part elle permet de créer un réseau international de vignobles qui s’engagent à résoudre leurs problèmes à travers une dimension de protection de l’environnement, de respect du patrimoine sous ses multiples facettes, et l’élaboration d’un produit « d’excellence ».

 

Au départ la charte de Fontevraud s’applique à certains sites déjà inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO :

Le Val de Loire, le vignoble de Lavaux en Suisse, la Côte de Beaune. D’autres régions viti-vinicoles ont également adhéré à cette Charte. : Château Chalons, et tout récemment, les Costières de Nîmes.

 

Ainsi a été signée le 26 mars 2009 l’adhésion des « Costières de Nîmes » à cette Charte. Le Syndicat de l’AOC Costières de Nîmes avec la communauté d’agglomération Nîmes Métropole et la DIREN Languedoc-Roussillon avaient élaboré une charte paysagère et environnementale des Costières de Nîmes signée le 5 juillet 2007, ce qui facilita ensuite l’adhésion à la Charte International de Fontevraud.

 

D’autres vignobles ont adhéré : le vignoble de Lavaux (Suisse), Château-Chalon, les Côtes de Beaune méridionales. Sont en cours d’adhésion :

Les vignobles de Gigondas, Vacqueyras et Baumes de Venise autour des Dentelles de Montmirail, la Champagne, l’Afrique de sud , et d’autres vignobles étrangers

 

 

Pourquoi pas le vignoble du Beaujolais, connu dans le monde entier ?

 

En raison des différentes appellations du Beaujolais et de la superficie très étendue et diverse du vignoble, il a été décidé dans un premier temps de s’arrêter à la région de Brouilly (appellations Brouilly et Côte de Brouilly).

 

Le principe de l’adhésion à la Charte repose sur le volontariat, l’engagement et les convictions de tous les partenaires réunis pour la circonstance autour d’un syndicat ou association porteur du projet.

En effet si un classement vient d’en haut, il est très mal perçu. Il y a une quinzaine d’années, des gens du Ministère de l’environnement avaient classé les « Côtes de Beaune »sans aucune concertation avec les habitants et municipalités. Il a fallu au moins cinq ans pour rassurer et faire comprendre l’intérêt d’un tel classement. Le travail de concertation fait partie intrinsèque du travail de protection.

 

Il a donc fallu convaincre 6 communes  : Cercié, Quincié, Saint-Lager, Odenas, Saint Etienne la Varenne et Charentay

 2 Communautés de Communes : CC Beaujolais-Val de Saône et CC de la Région de Beaujeu,

l’Inter-Beaujolais,

l’UVB

l’ODG des crus.

et les viticulteurs concernés et tous les acteurs économiques, (le paysage appartenant à tous), de l’intérêt de cette démarche.

 

Le but est la valorisation du terroir (géologie), du paysage de vignes (mise en valeur du bâti des villages, des murets, des cadoles, des plantations de cerisiers, noyers, de la beauté des parcelles de vignes par elles-mêmes etc..). Cela peut faciliter le développement de l’oeno-tourisme. et redonner une identité à une région. Les friches peuvent être entourées et faire l’objet d’observation en liaison avec des organismes tels que la FRAPNA ou la Fédération des Chasseurs du Rhône. Il peut être décidé des actions communes visant à une exploitation harmonieuse des sols.

 

Les partenaires convaincus, il faut monter le financement d’une étude qui sera réalisée par un cabinet d’experts dont le coût pour le Beaujolais, est évalué à 36.000€

Une partie sera financée par le Conseil Général  (40 à 60%), et le reste par la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement), l’Inter, l’UVB, et tout autre organisme . Il devrait rester à la charge des communes un montant de 1500€ sur deux ans.

La procédure pour arriver à obtenir la labellisation est normalement de 2 ans.

 

La mission de ce cabinet d’expert sera de faire un diagnostic du territoire pour définir :

              les qualités intrinsèques du paysage

            les éléments clés de sa réputation

            la qualité particulière de ses vins

            les dangers d’un urbanisme envahissant

            les évolutions prévisibles

et pour rechercher avec les différents partenaires du projet les actions à mener pour améliorer ce paysage.

 

 

Les avantages d’adhérer à la Charte de Fontevraud sont multiples :

- Tout d’abord,  travailler ensemble sur un territoire assez large.

-  considérer une région dans sa globalité économique, touristique,

-  communiquer différemment sur la région et sur les vins produits.

- être admis dans un réseau international de vignobles notoirement reconnus pour leur désir de recherche d’excellence dans la culture de la vigne, la protection du paysage et la qualité du vin.

 

 

C’est un noble projet rassembleur et qui donne une autre dimension à la région.

 

 

                                                                                                                        septembre 2009

 

08/04/2008

La notion de paysage.

Nous avons demandé à Bastien Exbrayat, paysagiste, originaire du Beaujolais, de venir nous définir la notion de « paysage ». Il nous a semblé que Bastien Exbrayat était tout à fait à même de nous faire comprendre cette notion complexe et fuyante qu’est « le paysage », venant de terminer brillamment l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, s’intéressant particulièrement à la notion du paysage d’un territoire, et ayant travaillé au cours de ses études avec de grands paysagistes tels que Gilles Clément, Frédéric Rossano, Noël Van Dooren, ou John Lonsdale. D’autre part, en tant qu’enfant du pays, il a bien voulu avec sa sensibilité venir nous apporter ses connaissances, participer à notre discussion, tout cela pour notre plus grand intérêt et gracieusement.  Il a en particulier tenu compte des objectifs de notre association et est intervenu de façon à ce que nous puissions rendre notre action la plus efficace possible. Nous l’en remercions vivement.

Intervention de Bastien Exbrayat 

A) La notion de paysages peut se décliner de différentes façons :

Le paysage peut être une représentation, ainsi les paysages dans la peinture italienne au XVIème siècle. Le paysage, en fond, est encadré par les bords de la fenêtre. C’est la première fois que la notion de paysage apparaît. L’homme, le peintre et ceux qui regardent le tableau se situent à l’extérieur du « paysage ».

Le paysage peut être une globalité, un territoire fabriqué, vécu et modelé par l’homme. L’homme en fait partie. Il est dedans.

Le terme paysage peut correspondre à un système environnemental où l’homme n’intervient pas.  Il s’agit d’une nature primaire et environnementale où l’eau, l’air, le sol sont des données constituantes de l’environnement. L’exemple le plus extrême est le Sahara.

Le  paysage peut être entendu comme une expérience personnelle, un sentiment. Il donne des sensations. Il est éphémère. Chacun d’entre nous a sa propre sensation du paysage.

Le paysage peut correspondre à un site, un projet. On agit dessus, on le transforme. On l’aménage.

B) A propos de la perception esthétique du paysage

Il est difficile d’argumenter  sur la beauté ou la laideur d’un paysage. Un tel trouvera beau ce que son voisin trouvera laid. Cela parce qu’il s’agit d’une interaction entre la personne et l’espace dans lequel elle se trouve.

1) Le corps reçoit des stimuli de l’espace, composé de ses différents éléments air-eau-terre, qui donne des sensations sur lesquelles viennent interférer la culture personnelle de l’individu et la culture de la société dans laquelle il vit.

Cela  donne des perceptions qui entraînent des sensations pas forcément explicites et une interprétation. Chacun a un sens de l’esthétisme différent.

2) Ces sensations et perceptions permettent de comprendre le paysage pour agir dessus par des intentions et des projets. On crée à nouveau un nouvel espace. C’est  la transformation de  l’espace au cours de l’histoire. L’homme et l’espace interfèrent pour forger le paysage. Le paysage ne peut pas être figé.

C) les niveaux d’action

On peut distinguer deux niveaux d’action qui correspondent à deux perceptions du paysage :

le paysage politique : celui des cartes,  celui qui fait l’objet de projets, indispensables pour agir. Les acteurs sont dans des bureaux lointains, Etat, Région,Département, Commune. Ils font appel à des bureaux d’études qui recrutent des personnes qui viennent d’ailleurs.

le paysage vernaculaire : il est marginal, ce sont les gens qui vivent sur le territoire qui ont des habitudes, qui se réveillent tous les matins dans ce paysage.        L’association « Paysages Beaujolais » s’inscrit dans ce cadre et a un rôle très important à jouer.

De même les maires des communes. Il faut réfléchir à l’accueil des nouveaux habitants : journées à thème, marche, etc… Les municipalités doivent penser la manière de faire vivre ensemble les habitants, quel type d’habitat, quels transports, faire le choix d’assurer la maîtrise d’ouvrage, etc..

D) Commentaire autour de photos prises par les uns et les autres

Bastien Exbrayat a souligné différents termes appropriés pour commenter une photo :

repère par rapport à une colline

disposition par rapport aux orientations du soleil

le suivi d’une courbe de colline, etc…

               

24/02/2008

Inventaire.

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La première tâche pour une association nouvellement créée est de faire, avant tout, un état des lieux du Pays Beaujolais. Ce véritable constat est nécessaire afin de rédiger des propositions visant à protéger les paysages et l’environnement dans notre région.






Etat des lieux et propositions (juin 2007)

Le Pays Beaujolais est très divers par ses paysages. Il regroupe des montagnes recouvertes de landes, de forêts et de pâturages, le versant Est qui constitue le vignoble et ouvre sur une immense plaine jusqu’au Jura et les Alpes, et la rive droite de la Saône, plaine alluviale et inondable.
Ce pays n’a pas été créé de toutes pièces pour les besoins d’un aménagement, mais constitue une entité historique qui remonte à l’an 1000 avec le premier sire de Beaujeu que les textes nous permettent de connaître, Bérard, qui fonde l’église de Beaujeu et réside dans son château de Pierre Aiguë à Beaujeu. Beaujeu est au centre de ses possessions, lesquelles s’étendent de la Saône au Forez.
Comprendre un pays, c’est comprendre comment il s’est fait au cours des siècles avec ses traditions, ses coutumes, son dialecte. Nous ne nous en tiendrons qu’à l’aspect du paysage et à son évolution. Le paysage beaujolais est beau, on le rapproche de celui de la Toscane, sa situation est remarquable. C’est ce que nous voulons essayer de protéger, là où c’est encore possible.

I - Le paysage viti-vinicole

C’est celui que l’on rencontre dans les :
CC des Pays du Bois d’Oingt,
CC Beaujolais-Nizerand-Morgon
CC Beaujolais-Vauxonne
CC de la région de Beaujeu
CC Beaujolais-val de Saône
CC Beaujolais-Saône-Pierres Dorées

1) Historique
Le paysage en Beaujolais a toujours évolué. Il a toujours été étroitement lié au mode d’exploitation des terres. Le Beaujolais peut être rattaché dès le Moyen Age à un type d’exploitation du sud de la France, un habitat dispersé au milieu d’une répartition équilibrée de prés pour les animaux, de cultures pour nourrir hommes et bêtes, et de forêts. L’arrivée de la vigne au Xème siècle, par l’intermédiaire des moines de Cluny, n’a que peu modifié le type d’habitat. Un homme ne pouvant cultiver qu’un hectare et demi, celui-ci est resté dispersé. La vigne ne nécessitait pas de clôture. N’étaient clos que les pâturages et les champs avec des haies vives ou mortes. La vigne au Moyen Age recouvrait un tiers des terres cultivées autour de Villefranche. Les forêts de chênes et de hêtres descendaient des crêtes assez loin dans la vallée. L’extension de la vigne s’est faite tout au long des XVIIème et XVIIIème siècles en remontant vers Beaujeu et vers Mâcon. Dans la seconde moitié du XIXème siècle, la crise du phylloxera a donné un coup d’arrêt au développement de la vigne. Beaucoup de vignerons partirent travailler à Lyon. Puis de nouveaux plans porte-greffes américains permirent d’obtenir une vigne plus résistante et supprimèrent le marcottage ou le provinage qui donnaient un aspect fouillis au champ de vigne. On planta en ligne droite, parfois sur fil de fer. Les aspects de nos collines changèrent.
Il restait au milieu du XXème siècle de nombreux prés et labours. Chaque vigneron avait deux, trois vaches, un cochon, parfois des moutons, des chèvres, une basse-cour et un jardin potager. Cela nécessitait écuries, granges, fosse à purins, cour, retenues d’eau sous forme de marre ou de serve. On trouvait près de l’habitation puits, parfois four à pain, et toilettes sèches extérieures.
A l’origine, les villages, facilement accessibles, étaient des paroisses. On y allait pour la messe et tous les actes de la vie civile et religieuse. Le lavoir commun était encore en usage en 1950 à Blacé.

Cette importance de la vigne dans notre région a modelé le paysage : espace ouvert, parcelles uniquement délimitées par des charrois et parsemées d’arbres fruitiers : pêchers, cerisiers, noyers pour la consommation autarcique. Des cadolles (petites cabanes en pierres, pisé ou bois) pour entreposer les outils parsemaient les vignes. Seuls les pâturages étaient clos.


Deux types de propriétés coexistent
•La grande propriété (un héritage des fiefs concédés par les sires de Beaujeu au Moyen Age) sur laquelle travaillent des vignerons selon des contrats qui ont évolué au cours du temps. On trouve de grandes propriétés à toutes les époques, du XIème au XIXème siècle. En pays de vignoble, une grande propriété désigne un minimum de 20 hectares. Certains châteaux très anciens ont été restaurés, modifiés, reconstruits et agrémentés d’un parc clos de mur, d’autres ont été construits de toutes pièces au XIXème siècle par des Lyonnais qui, ayant fait fortune dans l’industrie à Lyon, investissaient dans le vignoble et venaient y passer leurs vacances d’été. Châteaux et belles demeures bourgeoises sont nombreux et font partie du paysage beaujolais. Ce sont en général de belles constructions, composées du château proprement dit et de bâtiments d’exploitation (cuvage, caves, logements de vignerons ci-dessus décrits) qui, par leur nombre, étonnent le visiteur.
Depuis une trentaine d’années, des châteaux et maisons bourgeoises ont été vendus sans leurs vignes à des citadins, lyonnais, parisiens ou caladois qui en ont fait soit une résidence principale, soit une résidence secondaire, les vignes étant cédées à des voisins exploitants désireux de s’agrandir. Les nouveaux propriétaires de ces belles demeures ont été les premiers « rurbains » du pays parce que coupés du mode d’exploitation de la terre qui les entourent.
Parfois, les cuvages et les caves ont été transformés pour être loués pour des manifestations. Ces propriétaires sont moteurspour le développement touristique de notre région
De grands domaines subsistent cependant (pour combien de temps ?).

•La petite propriété (un héritage des « manses » du Moyen Age) sur laquelle une famille de vignerons pouvait vivre. Avec la mécanisation, la surface nécessaire pour faire vivre une famille n’a cessé de croître. De 2,5 hectares au début du siècle, on est passé à environ dix hectares en 1985. L’extension de la monoculture et le développement des grandes surfaces commerciales ont fait abandonner vaches, moutons, chèvres, basse-cour, jardins potagers au seul profit de la vigne. L’arrivée d’un boulanger dans chaque village avait fait disparaître l’utilité du four à pain. L’arrivée de « l’eau de la ville » a entraîné l’inutilité des puits, des citernes et des lavoirs (souvent dans le village). L’habitat ancien est revu, restauré et agrandi en maison au confort moderne. L’évolution moderne tend à uniformiser l’habitat rural et l’habitat urbain. Le paysage devient « rurbain ».
Les locaux devenus sans utilité sont transformés parfois en gîtes ou chambres d’hôtes, ce qui permet une offre touristique nouvelle.
Le développement de la mécanisation entraîne la construction de hangars pour abriter un matériel de plus en plus encombrant.

Avec l’extension de la vigne au XXème siècle, pratiquement tous les prés ont été plantés en vigne, entraînant la destruction des haies ou la suppression des barrières, et générant des problèmes d’érosion. Les écuries devenues inutiles ont été converties à d’autres usages. La mécanisation du travail dans la vigne a entraîné la suppression des arbres fruitiers qui étaient dispersés çà et là. Notre paysage se compose aujourd’hui de collines nues vouées à la monoculture où pas une mauvaise herbe ne pousse. Paysage sinistré ?

Une nouvelle donne et un remède : la création de caves coopératives. Depuis 1960, se sont créées des caves coopératives (actuellement, il y en a 19) regroupant les petits et moyens producteurs et assurant la commercialisation des vins. Elles peuvent avoir un rôle moteur dans le développement de la qualité du vin et par là même dans la transformation du paysage. Le souci d’une agriculture respectueuse de l’environnement peut aider à renforcer la qualité du paysage.
Mais le viticulteur qui n’a besoin que d’un hangar pour entreposer son matériel devient lui aussi un « rurbain ». Sa femme travaille souvent ailleurs, à Villefranche par exemple.

La crise viticole actuelle ruine l’espoir de vivre de la culture de la vigne.
La tentation est grande de faire de l’argent avec l’immobilier. Un viticulteur peut se faire construire un logement et ensuite le louer ou le vendre. Beaucoup de cuvages et de caves tombent en désuétude. Ils peuvent être transformés en hangars pour le matériel agricole ou convertis et vendus à des particuliers. Le viticulteur contribue alors au mitage du paysage beaujolais.
L’arrachage de parcelles de vignes effectué avec l’aide de la Communauté Européenne, libère des terres, ce qui modifie le paysage, de même que l’arrachage d’un rang sur 9, un rang sur 6, ou un rang sur 4.


2) L’arrivée de la modernité sur nos terres

•L’arrivée de l’électricité et du téléphone distribués sans réflexion à un habitat dispersé a enlaidi l’espace rural. Certains villages commencent à enterrer leurs lignes. Le déploiement dans les villages d’un éclairage hors de proportion avec ce qu’il y a à éclairer donne la mesure du peu d’attention que les élus portent aux problèmes d’économie d’énergie.

•la transformation des techniques du bâtiment. Autrefois le maçon construisait avec la pierre qu’il trouvait sur place ou dans la carrière la plus proche, et des mortiers de chaux, sans plan, sans fil à plomb, selon son savoir-faire. Les constructions actuelles sont faites sur plans et avec des instruments de mesure précis, en moellons de béton ou béton armé et ciment. Les lignes sont rigoureuses et rectilignes. Quand on recouvre cela d’enduits ou de pierre de pays, cela fait pastiche. Les nouveaux matériaux demanderaient un nouvel art de bâtir.

•L’évolution du mode de vie des viticulteurs (le terme de vigneron a été remplacé par celui de viticulteur) se met à ressembler à celui des citadins. Le mouvement semble irréversible. Nous avons déjà vu que le vigneron avait abandonné, dès 1960, animaux et jardins potagers. L’utilisation de la voiture, l’arrivée d’internet, la terre agricole considérée seulement comme outil de travail, la mécanisation du travail, le nouveau travail de prospection commerciale qui lui est demandé, tout concourt à couper le travailleur de la vigne de sa terre et à en faire un « rurbain ».

•Afin de répondre à la demande de logement des travailleurs en zone urbaine (Mâcon, Belleville, Saint Georges de Reneins, Villefranche, Lyon), la réponse fut le zonage d’une terre agricole découpée en petites parcelles régulières et viabilisées pour être construites (technique du lotissement). Ce zonage s’inscrit tout à fait légalement dans les PLU de chaque commune. C’est une manière de parachuter un bâti médiocre (au moindre coût) sans lien avec l’espace alentour, chaque maison étant close par une haie végétale (souvent des thuyas) ou un mur construit à l’image de la maison. C’est aussi une manière de rompre radicalement avec le paysage façonné pendant des siècles par le mode de production agricole.


3) les défis à relever

-Le Beaujolais viticole, un pays fragile
Le paysage du Pays Beaujolais est particulièrement fragilisé pour de nombreuses raisons qui font aussi sa particularité :
•la coutume d’un habitat ancien dispersé
•des collines aux multiples points de vue
•une monoculture qui le livre aux vicissitudes de la vente du vin :
-aux traitements phytosanitaires
-à l’érosion
-aux risques de pollution de l’eau
•la proximité de la grande métropole lyonnaise et les facilités d’accès par le train et l’autoroute A6
•le développement des zones industrielles de la vallée de la Saône de Mâcon à Lyon
•la demande très forte de logements dans le secteur sous la forme « maison avec jardin »
•la possibilité d’un développement en tache d’huile de l’urbanisation à partir de la vallée de la Saône, ce qui a déjà commencé. (Belleville, Gleizé)


-Les deux écueils à éviter absolument sont :
•Le mitage : la coupure entre maisons d’habitation et terres agricoles a commencé depuis une cinquantaine d’années. Un premier mitage a donc eu lieu par un découpage entre habitations et cultures et cette coupure ne cesse de s’accentuer par les évolutions du mode de vie. Un second mitage a maintenant lieu avec la construction de lotissements pour des personnes travaillant dans les agglomérations urbaines. Celui-là risque d’être fatal à notre région.
Actuellement certaines règles contribuent au mitage : par exemple la règle qui permet de construire là où c’est construit. Or nous sommes dans une région « d’habitat dispersé ». Les PLU doivent se contraindre à des zones très ciblées près du village.
La règle qui permet à un viticulteur de se faire construire une maison, ou un gîte, ou même un hangar puis, au bout de trois ans de les vendre comme maison d’habitation est une manière de contourner la règle et de renforcer le mitage. Pourquoi le viticulteur peut-il déroger à la règle commune ?
Le mitage peut être renforcé simplement par le fait que le cadre communal est tout à fait inadapté au projet d’aménagement du pays. En Beaujolais, nous avons affaire à un habitat dispersé avec des villages proches les uns des autres. Le développement en tache d’huile de chaque village peut entraîner à long terme une urbanisation en continu. Dans certains secteurs, c’est ce qui se passe : par exemple sur les communes de Saint-Julien, Blacé et Salles-Arbuissonnas, de lieux-dits en bourgs, des petites maisons se construisent sans discontinuité, du Déau au bourg de Blacé, en passant par les Fortières, Pravins, la Fléchère, La Combe, le Rontay, jusqu’à Blaceret, etc…
Les zones artisanales doivent relever d’un plan d’ensemble de la CC. Si chaque PLU a une ZA (Zone d’Activités), sans s’accorder avec la ZA de la commune voisine, cela contribue aussi au mitage.

•l’extension des lotissements en zone rurale.
Ex : sur la commune de Montmelas, la colline a été défigurée par l’implantation d’un lotissement. Elle a perdu le caractère sauvage qu’elle avait su garder jusqu’en 1980.
Le mot « lotissement » va à l’encontre de l’espace rural. C’est un espace urbain qui vient comme une verrue dans l’espace rural, le village faisant, lui, partie de l’espace rural. Le lotissement lui donne une dimension de ville et peut générer par sa multiplication une zone de banlieue.
Toute entreprise avant de construire un immeuble, des bureaux, établit un programme. Pour qui ? Pour quoi ? Comment ? Actuellement, le travail du promoteur et des aménageurs est insuffisant quand un lotissement est en projet. Cela ne peut se réduire à faire les assainissements et les conduites techniques sur un terrain vierge. On doit étudier pour qui ces logements sont destinés, quels en seront les moyens d’accès : en voiture, à pied, à vélo, quel sera le surcroît de passage sur les routes existantes, quels seront les commerces de proximité accessibles sans prendre une voiture, s’ils répondent aux modes d’économie d’énergie et de développement durable, s’ils s’intègrent au paysage proche et lointain, s’ils s’intègrent à l’environnement immédiat et comment ils seront gérés en favorisant le « le chacun pour soi » ou en favorisant la mise en commun d’espaces (par ex plantations, salles de réunions, salles de rangement des outils, tondeuses, bicyclettes, poussettes) et de règles (pour les clôtures, la gestion des déchets, la récupération des eaux pluviales, etc.). L’établissement d’un cahier des charges devrait être dressé pour chaque opération de lotissement en fonction de sa situation précise.
Ensuite une recherche architecturale, liée aux économies d’énergie, qui économise des terrains et réponde aux désirs profonds des gens (création de jardins familiaux par ex.) devrait être mise en œuvre. Un autre concept que le mot lotissement est à inventer.
Sur ces questions, on constate une démission des élus face aux techniciens-aménageurs.
Mais surtout, l’absence d’une vue à long terme est inquiétante. Peut-on nous dire quand s’arrêtera par exemple le lotissement de Salles-Arbuissonnas ? Le paysage va-t-il se figer après la dernière opération de lotissement. Quand les Zones à urbaniser dans chaque PLU seront remplies, que va-t-il se passer ?

-Saisir la balle au bond dès aujourd’hui
Profiter de la synergie de la politique de développement durable et de la crise viticole pour :

•Trouver les moyens de maîtriser les surfaces libérées par l‘arrachage des vignes. Il est indispensable de connaître la manière dont ces espaces libérés vont être traités. 3,5 hectares sont arrachés sur la colline de Montjoly (Blacé) face au village de Salles. Comment cet espace va-t-il être traité ? Des aides aux propriétaires sous forme de conseils et subventions devraient être accordées pour planter des arbres, haies, etc…

•Sensibiliser aux ravages de l’érosion par les eaux de ruissellement et aux ravages des traitements sur la biodiversité afin d’entraîner la plantation de haies vives, la mise en place d’un programme de semis de fleurs dans les inter rangs afin d’économiser un, voire deux traitements, etc. Les pouvoirs publics devraient intervenir plus efficacement par des aides de la Chambre d’Agriculture et d’autres instances territoriales ou gouvernementales. Actuellement, le viticulteur qui veut essayer de changer ses manières de cultiver doit payer lui-même sa formation.

•Contrôler très strictement toute promotion immobilière par un cahier des charges exigeant. Le travail essentiel doit se faire en amont de toute opération (matériaux économes d’énergie, espaces communs et salles de réunions pour rompre avec l’individualisme forcé, gestion commune, etc

•donner aux viticulteurs la possibilité d’être les gardiens du paysage, « les jardiniers du paysage ». Une aide et une formation devraient être mises en place dans ce but. Cela leur donnerait un complément de revenus et les intégrerait au développement touristique de la région.



II- Le paysage de la vallée de la Saône

Champs de blé, plantes fourragères et pâturages, en contrebas du pays viticole
C’est celui que l’on rencontre dans les :
CC de l’agglomération de Villefranche
CC de Beaujolais-Vauxonne
CC de Beaujolais-Val de Saône

Les rivières descendent des monts pour se jeter dans la Saône, les routes descendent des monts pour rejoindre l’ex Nationale 6, l’autoroute A6, les gares de Belleville & Saint-Georges et l’agglomération de Villefranche. Cette vallée, ancienne voie de passage du temps des Romains, qui reliait Lugdunum à la Bourgogne, est devenue un axe de communication de plus en plus important au cours des siècles. Aujourd’hui il relie le nord au sud de l’Europe.
L’urbanisation gagne les flancs des collines quand on sort de la nationale pour remonter vers Odenas, Beaujeu ou Saint Etienne des Oullières. Quelle peut être la force qui arrêtera cette urbanisation médiocre et envahissante ? Les terrains plats s’y prêtent. Les revenus de la terre sont maigres. Les communes veulent de nouveaux habitants pour faire rentrer de l’argent.

La menace est l’urbanisation à outrance de cette plaine de la Saône qui peut se développer en tache d’huile du côté de la plaine et du vignoble beaujolais. Seules des mesures autoritaires et la sortie rapide du SCOT Beaujolais peuvent encore permettre d’éviter le pire.
On est à une étape charnière : soit on laisse faire le développement industriel de cette vallée de la Saône avec ses prolongements dans le vignoble par un bâti urbain qui ruinera à jamais la beauté du pays et le tourisme, soit on saisit la dernière chance de décider de l’avenir de la région en prenant les moyens de maîtriser cette évolution imposée.


III- Le paysage des monts du Beaujolais

C’est celui que l’on rencontre dans les CC du Pays de Tarare
du Pays d’Amplepuis-Thizy
de la Haute Vallée d’Azergues
du Haut Beaujolais

à l’étude

Conclusion

Les paysages du Beaujolais viticole et de la vallée de la Saône sont les plus exposés au changement et à la « banlieurisation ». Ni les protections institutionnelles inscrites dans le Code de l’Environnement (en particulier les ZPPAUP), ni les sites protégés au niveau européen (le Réseau Natura 2000) ou au niveau départemental (espaces naturels sensibles), ou encore au niveau national (Monuments Historiques, ou l’Inventaire Supplémentaire, ou Label du Patrimoine) ne sont suffisants pour protéger l’ensemble d’un paysage contre la montée de l’urbanisme sauvage (au coup par coup). L’attrait touristique de notre région risque de s’effriter rapidement. Or le tourisme est un des principaux potentiels économiques. Le Beaujolais (Pays et vin) pourrait être le grand perdant du développement de la vallée de la Saône, entre Anse et Mâcon

La loi de 1976 a complété la loi de 1930 qui avait introduit les notions de monument naturel et de site protégé, en créant des Zones d’Environnement Protégé (ZEP). 7 parcs nationaux, 45 parcs régionaux et 151 réserves naturelles furent créés. « Délimiter des zones de protection à l’intérieur desquelles on aménage le moins possible et l’on dépense des fonds publics pour l’entretenir (…) c’est admettre implicitement qu’ailleurs tout est permis ou tout au moins que les processus de transformation sont trop avancés pour qu’un contrôle puisse s’exercer (...).Il serait malsain de prolonger trop longtemps cette politique ségrégationniste du paysage qui attire les touristes nostalgiques dans les espaces-musées, et les investissements productifs dans les autres au mépris de toute considération esthétique. » écrit Jean-Robert Pitte (Histoire du paysage français, 1983). Il est manifestement trop tard et inapproprié de protéger le Pays Beaujolais par le biais de la création d’un parc. Par contre, la loi d’Orientation pour l’Aménagement et le Développement Durable du 25 juin 1999 a permis l’émergence du Pays Beaujolais et la constitution d’un Syndicat Mixte pour élaborer un SCOT. Cette nouvelle identité devrait permettre de créer les structures aptes à projeter et à assurer un développement harmonieux pour notre paysage.

Les priorités affirmées, les objectifs définis devraient permettre d’élaborer les moyens nécessaires au contrôle paysager du développement de la région. La réflexion est en cours, il y a maintenant urgence à prendre des décisions de protection.